Antoine CHOPLIN


Antoine CHOPLIN

Poète et romancier, Antoine Choplin dirige le festival L’Arpenteur et coordonne la revue Arpentages née de cette expérience scénique et littéraire. Après Radeau (La Fosse aux ours, 2003), histoire d’un sauvetage d’œuvres d’art sous l’Occupation, il a publié notamment Cour Nord (Rouergue, 2010) et La Nuit tombée (La Fosse aux ours, 2013), où l’écriture pudique d’Antoire Choplin traque la beauté au cœur même de la catastrophe. Entre réel et fiction, Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar (La Fosse aux ours, 2017) retrace la lutte pour la liberté dans la Tchécoslovaquie communiste à travers le regard de Tomas, modeste cheminot, et sa rencontre lumineuse avec Vaclav Havel.

Antoine CHOPLIN dédicacera ses livres sur le stand de la librairie ARTHAUD.

Bibliographie

Antoine Choplin, Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar. La Fosse aux ours, 2017.

Antoine Choplin, L’Incendie. Avec Hubert Mingarelli – La Fosse aux ours, 2015.

Antoine Choplin, Le Héron de Guernica. La Fosse aux ours, 2011.

Antoine Choplin, Cour nord. La Fosse aux ours, 2010.

Où le rencontrer ?

Extrait



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Extrait de Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar, La fosse aux ours, 2017

PLACE VENCESLAS

Ce qu’il fait là.

Lui, le cheminot de Trutnov, au balcon du Château, face à la place Venceslas envahie par la foule immense.

Dans l’espace étroit, ils doivent être une vingtaine. Contre Tomas se serrent Jiri, Markéta, Petr, Joska. Leurs visages sont si proches que parfois ils se touchent. Tous ont ce drôle de sourire, où la joie fait comme elle peut avec l’air glacial de décembre qui fait trembler les lèvres. Certains glissent leurs bras sur les épaules voisines, les étreignant parfois avec une force plus grande, embrassant dans l’élan une tempe, un front.

Un peu plus tôt, ils se sont réunis au sommet de l’escalier intérieur, sur les tapis épais. Il y a eu de brèves accolades. Vàclav a fait quelques pas dans une vaste galerie adjacente. En silence, ils l’ont suivi des yeux tandis qu’il déambulait, et puis il est revenu vers eux. Alors, ils ont vu son visage, la paix radieuse qui s’en dégageait.

Certains ont eu envie de pleurer et c’était surtout parce qu’ils se souvenaient du chemin parcouru. Et puis on a ouvert doucement les deux battants de la haute fenêtre et la clameur est entrée comme une vague.

Autour de Vàclav Havel, donc, au Château, dans le souffle des vivats.

Le regard de Tomas s’est attaché longuement à la masse sombre de la foule avant de s’échapper vers la ligne des toits et le ciel nocturne. L’œil ouvert, paupières inertes, il s’est laissé envelopper par le flou des lointains. Il lui a semblé que le tumulte s’effaçait un peu. Son esprit s’est mis à vagabonder.
Plusieurs fois, l’idée l’a traversé. Il serait mieux en bas, au milieu des autres. Et même ailleurs, à l’écart de toute cette effervescence, tiens, du côté de Hradecek, en marche parmi les arbres. Il chanterait peut-être quelque chose, en les sachant là pour de bon ? Vàclav et tous les compagnons. Il chanterait et ça aurait de la gueule, cette voix solitaire dans la nuit, en lisière des forêts de Bohême saisie déjà par l’hiver.

Une main ébouriffe ses cheveux, celle de Jiri. Tomas n’entend pas les paroles qu’il prononce en riant, tourné vers lui. Il lui sourit en retour, sans trop savoir.

Publié dans Poésie, Roman français

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