Guillaume le BLANC

portrait de Guillaume le BLANC
Guillaume le BLANC
©Philippe Mastas – Flammarion

Guillaume Le Blanc est philosophe, écrivain et professeur d’université. Il a publié entre autres Que faire de notre vulnérabilité ? (Bayard, 2011) et La Philosophie comme contre-culture (2014). Dans ce dernier essai, il pose la nécessité pour la philosophie d’aller voir ailleurs, notamment en s’intéressant aux contextes sociaux. Il vient de publier avec Fabienne Brugère La Fin de l’hospitalité (Flammarion, 2017) : un essai de terrain qui, de Calais à Berlin et Lesbos, questionne la place des réfugiés dans nos sociétés, où l’accueil disparaît au profit du secours, sur fond d’hostilité à l’autre. Une hospitalité politique peut-elle à nouveau faire de l’étranger un hôte ?

Guillaume le BLANC dédicacera ses livres sur le stand de la librairie LA DERIVE.

Bibliographie

Guillaume le Blanc et Fabienne Brugère, La Fin de l’hospitalité. Flammarion, 2017.

Guillaume le Blanc, La Philosophie comme contre-culture. PUF, 2014.

Guillaume le Blanc, L’Insurrection des vies minuscules. Bayard, 2013.

Guillaume le Blanc, Vies ordinaires, vies précaires. Seuil, 2007.

Où le rencontrer ?

Extrait



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La Fin de l’hospitalité, Flammarion, 2017

Lampedusa, Lesbos, Calais… jusqu’où irons-nous ?

Ce livre est à Calais. Il a été écrit jusqu’au démantèlement de la « Jungle », qui a commencé le 24 octobre 2016. Là-bas, nous avons vu des demandeurs de refuge partir dans les bus vers des centres d’accueil et d’orientation, encadrés par des policiers, par des bénévoles, sous l’œil des caméras, formant de maigres rangées de résignation et de soulagement entre les barrières. Là-bas, nous avons aussi vu d’autres demandeurs disparaître des radars dans l’espoir de passer enfin en Angleterre, la terre promise. Les autorités ont décrété que ce rêve était déraisonnable et qu’il fallait songer à revenir sur terre. Pour beaucoup, cela a signifié la fin de la mer, l’effacement des paquebots et le retour sur les routes, les bus, pour aller au fond de la France, au plus loin de l’Angleterre. Là-bas, nous avons parlé avec eux. « Vivants. Vivants. C’est le principal, nous sommes vivants, et ce n’est pas beaucoup plus qu’être en vie après avoir quitté la sainte patrie (1) », nous ont-ils dit. Là-bas, nous les avons vu allumer des petits feux dans la Jungle pour faire disparaître leur vie d’ici et pouvoir renaître ailleurs, selon la tradition afghane ou syrienne. Nous avons vu une immense fumée noire s’élever au-dessus des tentes, des dunes, de la mer. Et nous les avons vu s’éloigner, confondus avec leur sac à dos, tandis que d’autres restaient. Etait-ce là l’hospitalité tant attendue, la main tendue de la France vers les demandeurs de refuge ? La rhétorique politique est cruelle. Elle a signalé où étaient les priorités : d’abord le démantèlement, ensuite les centres d’accueil. On ne s’est pas vraiment ému de cet ordre de présentation. Quoi ? Aurions-nous à ce point oublié l’idée d’hospitalité ? Le démantèlement de la « Jungle » pourrait-il être autre chose qu’un moyen ? Et qu’est-ce qu’une politique d’accueil dans des centres où il n’est possible de rester que trois mois ? Et après ? Est-ce cela, notre époque ?

(1) Elfriede Jelinek, Les Suppliants, Paris, L’Arche, 2016, p. 7

Publié dans Auteur, Essai, Non classé

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