Jacky SCHWARTZMANN

Portrait de Jacky SWARTZMANN

Jacky SWARTZMANN

Ses études de philo ont conduit Jacky Schwartzmann à l’écriture et aux petits boulots. Fin connaisseur des joies de la banlieue, de la province et du salariat réunis, il publie Bad trip (Hugo et Compagnie, 2008), roman d’un looser passé par toutes les cases désastre. Mauvais coûts (La Fosse aux ours, 2016) donne la parole à Gaby Aspinall, dépressif alcoolique et acheteur dans une multinationale, où ses méthodes cyniques font merveille. Sa haine s’exerce sur tout le monde, sauf sa n+1 et la jeune effrontée qui surgit dans sa vie. Mais Gaby semble vacciné contre le bonheur. Une satire de l’entreprise, de la chair triste et de la vie moderne désespérément réjouissante.

Jacky SCHWARTZMANN dédicacera ses livres sur le stand de la librairie ARTHAUD.

Bibliographie

Jacky Schwartzmann, Mauvais coûts. La Fosse aux ours, 2016.

Jacky Schwartzmann, Bad trip. Hugo et compagnie, 2008.

Où le rencontrer ?

Extrait



Si le player ne fonctionne pas, vous pouvez télécharger l’extrait audio.

« 1 – X Works

Je suis un bâtard. Ma mère est toujours allée voir ailleurs si l’herbe des pubis était plus verte. Elle était un peu paysagiste et Papa a vite constaté que lui et moi on se ressemblait à peu près autant que Gaston Defferre et Alain Delon. Il a viré maman et elle n’a pas jugé bon de m’emmener dans ses valises. Parce que dans les années soixante-dix la garde des enfants, c’était pas comme maintenant. On fumait dans le métro, on se rasait pas la chatte, on s’habillait en orange : on faisait tout à la zob. J’avais trois ans, je ne l’ai jamais revue. Quand plus tard j’ai demandé à Papa comment elle était, il m’a répondu qu’elle buvait plus que Gainsbourg et qu’elle était le sosie de Paul Préboist. J’ai donc grandi avec Papa et j’ai appris un peu par hasard que, lui aussi, c’était un bâtard. C’était Bâtard Ier. Ma grand-mère avait couché avec un fils Chapuis. C’étaient des petits commerçants qui avaient pignon sur rue et pour ces gens, la Francine, elle était pas assez bien. Leur rejeton l’a engrossée et il était certainement vaguement amoureux mais lorsqu’il s’est agi de se marier la sentence est tombée : « Tu plaisantes j’espère ? » Les petits commerçants sont des saloperies. Leur vie tourne autour des remises que leur font leurs fournisseurs, leur loisir favori est la comptabilité et leur position préférée du kamasutra est la sieste. Des usines à bâtards. Papa est sorti du ventre de ces gens mais ils n’en ont pas voulu, il est allé à l’usine à quatorze ans parce qu’il était soutien de famille, il est né avec un jeu de merde et il s’est couché à chaque fois que ça valait la peine. J’ai vu tout ça et sans le vouloir il m’a inculqué l’ambition, tout au fond de la gueule. Mantra : je ne serai pas prolétaire. Je ne serai pas insignifiant parce que des petits commerçants ne m’ont pas voulu. Ah ça non ! Dans la hiérarchie des salopes il y a les députés, les avocats, les banquiers, les assureurs, les agents immobiliers et les acheteurs. Je suis acheteur chez Arema. Je passe mon temps à gratter des pourcentages sur des fournisseurs souvent pris à la gorge qui ne peuvent pas lutter contre un grand groupe et qui s’allongent, toujours, systématiquement. C’en est presque fatigant. Je suis comme un putain de chat qui s’amuse avec une souris avant de la zigouiller. Je passe mon temps à rencontrer des commerciaux qui portent des costumes à six cents euros achetés sur Zalando et qui roulent en C4 de fonction. Ils arrivent avec le sourire mielleux d’un vendeur de parfum tunisien et ils repartent avec six pour cent dans le fion. C’est trop facile. Mais je continue parce que c’est important et parce que j’ai mes petits bonus. Je suis un punk de la croissance, je me bats contre elle, je suis un soldat de la récession qui chaque année explique à ses fournisseurs privilégiés qu’Arema a de grosses difficultés et que nous allons devoir reconsidérer notre accord-cadre : à la baisse. Je suis le père fouettard des commerciaux mais attention, j’ai des directives qui viennent d’en haut et je suis le premier coincé. Tous les ans on me demande d’obtenir des remises. Oui, Monsieur. La dernière fois que j’ai parlé à mon N+1 je lui ai expliqué que, si on demandait tous les ans dix pour cent à nos fournisseurs, dans dix ans ils seraient gratuits. Mon N+1 a ri. »

 

Mauvais coûts, La fosse aux ours, 2016

Publié dans Auteur, Roman français

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

− 2 = 8