Pritemps du livre/ novembre 22, 2017/ Auteur, Roman français/ 0 comments

Portrait de Jakuta ALIKAVAZOVIC

Jakuta ALIKAVAZOVIC
© Maia Flore

Jakuta Alikavazovic a publié plusieurs romans, dont Corps volatils (L’Olivier, 2007), salué par le Prix Goncourt du premier roman. Les textes suivants confirment la singularité d’une écriture où l’architecture, le cinéma, le roman noir ainsi que la mémoire de la guerre en ex-Yougoslavie façonnent des univers nocturnes. Disparitions, illusions et jeux de miroir : l’inquiétude contemporaine est à fleur de phrases. L’Avancée de la nuit (L’Olivier, 2017) a tout d’un roman d’amour, celui qui unit Paul et Amélia, aux trajectoires si différentes. Cet amour chemine, dans le chaos, la fuite et les camouflages, au long d’une intrigue où affleure l’idée d’un autre monde.

Bibliographie

Jakuta Alikavazovic, Histoires contre nature. L'Olivier, 2006.

Extrait de

L’Avancée de la nuit (Edition de l’Olivier) – Jakuta Alikavazovic :

« Paul se trouvait avec Sylvia quand il avait appris ce qu’il en était d’Amélia Dehr. Au lit avec Sylvia, qui sommeillait ou faisait mine de sommeiller, et les vagues lueurs de l’extérieur, des bateaux-mouches, les habillaient de lumière, passaient indifféremment sur leurs corps, sur les draps, au plafond. Il s’était dit qu’ils pourraient se fondre dans les lieux, dans le décor, et que c’était peut-être cela, le bonheur, ou ce qui s’en rapprochait le plus. Une vaste entreprise de camouflage, avait pensé Paul.

Ce fut un coup de téléphone, elle était entre la vie et la mort et l’issue, du point de vue de Paul, était certaine, Amélia Dehr n’étant pas du genre à échouer dans ses entreprises. Plutôt, ce suspens traduisait ou trahissait l’état de fragilité, de faiblesse dans lequel elle s’était trouvée, avait dû se trouver, non pour exécuter son geste mais pour le rater, avec une imprécision qui ne lui ressemblait pas. Une imprécision prouvant à Paul qu’au moment où elle était passée à l’acte, elle n’était déjà plus ce qu’elle était. Elle n’était déjà plus Amélia Dehr.

L’autre possibilité, l’autre interprétation – l’idée qu’en elle quelque chose s’accrochait à la vie, refusait de mourir ; que la vraie Amélia Dehr, celle qu’il avait connue, et aimée, et désirée, et détestée : que celle-là était engagée dans la lutte contre la mort ; que celle-là était celle qui perdait, qui perdait tout – cela était insupportable à Paul. »

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