Thierry HESSE

Portrait de Thierry HESSE

Thierry HESSE

©Patrick Normand

Thierry Hesse enseigne la philosophie. Il a publié plusieurs romans dont Le Cimetière américain (Champ Vallon, 2003, Prix Robert Walser) et Démon (L’Olivier, 2009), inscrivant ses fictions dans la trame de l’Histoire et les violences contemporaines. Le Roman impossible (L’Olivier, 2017) poursuit dans cette voie : le narrateur veut écrire un grand roman autour de Malik Oussekine, étudiant matraqué à mort en 1986 par des policiers « voltigeurs ». Mais doutes, obstacles et obsessions mettent à mal son projet. Riche de ses digressions – colonisation de l’Algérie, affaire Woerth… – et de son ironie, le texte questionne le pouvoir de la littérature face aux désordres du monde.

Thierry HESSE dédicacera ses livres sur le stand de la librairie GIBERT JOSEPH.

Bibliographie

Thierry Hesse, Le Roman impossible. L’Olivier, 2017.

Thierry Hesse, L’Inconscience . L’Olivier, 2012.

Thierry Hesse, Démon. L’Olivier, 2009.

Thierry Hesse, Jura. Champ Vallon, 2005.

Où le rencontrer ?

Extrait



Si le player ne fonctionne pas, vous pouvez télécharger l’extrait audio.

« Le héros dont j’avais besoin

Un après-midi de la décisive année 2016, après des journées entières confiné dans la pièce où j’écrivais le livre que vous tenez entre les mains, je suis sorti marcher sans véritable but. La ville de l’Est où je suis né et vis encore est assez petite et bien agencée pour ne jamais vraiment s’y perdre, et si vous n’avez pas d’endroit précis où aller, il est fréquent que vous repassiez alors sur vos pas. Comme il pleuvait à verse ce jour-là, j’avais au moins une bonne raison d’avancer sur les trottoirs le corps incliné vers l’avant ; le menton engoncé dans le col de ma parka, les yeux baissés, mais dès que la pluie eut cessé et que je relevai la tête pour la baigner dans la lumière de ce nouveau mars, faisant front aux passants qui venaient dans ma direction, j’ai vu qu’ils me dévisageaient – et j’ai vu la frayeur dans leurs yeux.

Il doit exister aujourd’hui dans notre pays quantité de gens qui, après les événements tragiques de ces derniers mois, ont peur de leurs semblables. Cette peur ne cesse de croître et rien n’est entrepris pour la diminuer. Dans les espaces publics, les transports en commun, sur nos lieux de travail, des voix enregistrées et des panneaux lumineux nous exhortent plus qu’une mère à être vigilants à l’égard d’autrui et de toute menace potentielle. Longtemps, nos représentants politiques ont pourtant affirmé (en simplifiant les arguments d’un philosophe anglais du XVIIe siècle) que si, en dehors de l’Etat, la peur, attisée par la violence et le dénuement, était notre lot quotidien, au sein d’un Etat constitué, d’une société civile, les conditions étaient au contraire toujours réunies pour que nous connaissions paix, sûreté et prospérité, et que naisse entre nous une confiance mutuelle qui est la douceur de la vie. Or n’est-ce pas la méfiance que l’on voit à présent inculquée à chacun ? « Crains ton prochain comme toi-même » est devenu notre nouvelle obligation sainte, pensais-je cet après-midi-là, en cheminant sur les trottoirs de Metz, avec mon visage pas très catholique. »

Le Roman impossible, L’Olivier, 2017

Publié dans Auteur, Roman français

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

× 4 = 36