Yannick GRANNEC

Portrait de Yannick GRANNEC

Yannick GRANNEC

©Patrick Rateau

Passionnée de mathématiques, Yannick Grannec fait revivre dans La Déesse des petites victoires (Anne Carrière, 2012, Prix des libraires) le mathématicien Kurt Gödel. Ou plutôt l’envers d’une vie de génie, vue par le regard de sa femme Adèle, qui porta à bout de bras cet homme fragile. Histoire d’amour et épopée intellectuelle : on retrouve la même osmose dans Le Bal mécanique (Anne Carrière, 2016), riche de l’effervescence que fut l’aventure du Bauhaus, stoppée par l’arrivée des nazis au pouvoir. Mais quel lien entre Théo, marchand d’art avant-gardiste, sa mystérieuse fille Magda et Josh, électrique producteur d’une émission de télé-réalité ? Pour le savoir, il suffit d’entrer dans le bal !

Yannick GRANNEC dédicacera ses livres sur le stand de la librairie DECITRE.

Bibliographie

Yannick Grannec, Le Bal mécanique. Anne Carrière, 2016.

Où la rencontrer ?

Extrait

Extrait de Le Bal mécanique, Ed. Anne Carrière, 2016



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Livre I
Un cœur imparfait
Karl et Josh

1.
Josh. Chicago, Aujourd’hui

Autoportrait
Andy Warhol, 1980
Photographie

Nos trois vans banalisés se garent devant le numéro 1258. Sur le perron de la maison mitoyenne, sac-poubelle à la main, une femme observe les véhicules. Il est 6 heures du matin. Dans une minute, le voisin se fera sortir du lit manu militari par sa chère moitié, dans trois, les téléphones sonneront sur les chevets du quartier, dans sept au mieux ils débouleront tous pour assister à l’intervention.
Vikkie donne le signal de l’assaut dans les oreillettes. « Equipe 1, go !  » Les portes latérales du camion parachutent la première escadre : deux caméramans prennent position de part et d’autre de l’entrée de la maison pendant que la troisième couvre l’accès arrière. L’équipe 2 déroule le cordon de sécurité autour du jardinet. Vikkie, chrono en main, vérifie le tempo. Malgré le rodage et l’entraînement, la tension est palpable, l’amorce est capitale. Ils savent que je ne supporte pas l’à-peu-près. Pour le moment, je me concentre, invisible derrière les vitres sans tain.
Le pavillon des Carter date des années 1970 : façade couverte de bardeaux beiges, toits à deux pentes et soubassement de briques jaunes. L’ensemble est d’un seul bloc, auquel a été ajouté le garage en avancée, à gauche. Aucun jouet ne traîne sur la pelouse tondue et les poubelles sont bien alignées. Au premier étage, un rideau de dentelle s’entrouvre sur le visage illuminé d’un enfant.
« Ils sont réveillés ! hurle Vikkie. Equipe 2, go ! »
Ma femme a mauvaise mine, elle a mal dormi, encore. Elle s’est refusée à prendre un jour de repos et a insisté pour assister à l’opération. « Pour une fois que tu tournes près de Chicago, je veux en être ! » Elle est survoltée, une simple caresse sur son bras et ses yeux verts m’électrocutent d’un éclair de dessin animé.
J’ai vécu ce débarquement une centaine de fois. J’attends toujours avec impatience ce shoot d’adrénaline. Mais aujourd’hui, j’ai la désagréable sensation d’avoir raté une marche. Mon cœur a un microbattement de retard. J’inspire un bon coup, recale mon oreillette et décontracte mon sourire. Tu n’es pas dans le truc, là. Je fais craquer mes doigts, conscient du pouvoir irritant de ce tic sur ma femme. Qu’est-ce qui ne l’agace plus chez moi, ces dernières semaines ? Elle se plaint de mes absences, mais semble ne plus supporter ma présence. Je lui envoie un baiser et saute du camion. En quelques foulées, je suis sur le perron et je sonne. Ils sont déjà massés derrière la porte, je le sens. Avec un peu de chance, ils n’auront pas eu le temps de se préparer. A moins que comme certains candidats, ils se couchent habillés depuis que leur dossier a été retenu, pour ne surtout pas vivre leur premier instant de célébrité en chemise de nuit informe, la gueule pochée, les cheveux en bataille et l’haleine chargée.

Publié dans Auteur, Roman français

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